Interview d’Antonin BESSET, chef de projet R&D emballage chez Cooperl

À 28 ans, Antonin BESSET évolue au cœur des enjeux d’innovation, d’éco-conception et de réglementation dans l’emballage agroalimentaire. Chef de projet R&D emballage chez Cooperl, coopérative française, il intervient de l’idée à la mise en marché. Entre technique, terrain, créativité et imprévus industriels, il revient sur un métier où aucune journée ne ressemble à une autre.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Antonin BESSET, j’ai 28 ans et je travaille chez Cooperl, une coopérative agroalimentaire française spécialisée, notamment dans le porc. Je suis basé en Bretagne.
Après le bac, j’ai d’abord suivi deux années de DUT en mesures physiques. Ensuite, j’ai intégré l’ESEPAC pour une licence en 2018-2019. Comme je n’avais fait qu’une seule année de licence dans le domaine de l’emballage, j’ai choisi de faire une année de césure entre la licence et le master afin de me perfectionner davantage dans ce secteur. Puis j’ai repostulé à l’ESEPAC pour poursuivre en master, que j’ai effectué de 2020 à 2022. Tout ce parcours à l’ESEPAC s’est fait en alternance. Pour moi, c’était essentiel, parce que le métier s’apprend énormément sur le terrain.
Quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai d’abord réalisé mon alternance de licence dans une autre entreprise, chez iPackchem, où l’on faisait de l’extrusion-soufflage pour des bidons fluorés. Ensuite, j’ai intégré le groupe Cooperl, dans lequel je suis toujours aujourd’hui.
Cela fait maintenant sept ans que je suis dans le groupe? J’ai fait une année en tant que technicien, deux années en tant qu’alternant, puis quatre ans à temps plein. À la fin de mon alternance, j’ai été embauché directement en CDI.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je suis chef de projet R&D emballage. Mon métier consiste à gérer toute la partie technique liée aux emballages, c’est-à-dire, connaître les matériaux, comprendre les process, et adapter les solutions aux produits du groupe, principalement des produits de viande et de salaison.
Il y a aussi une vraie dimension de gestion de projet. Je peux intervenir sur des projets qui viennent du service emballage, notamment autour de l’éco-conception, mais aussi sur des demandes du commerce ou du marketing lorsqu’il faut développer un nouveau produit ou une nouvelle gamme. Dans ce cas, mon rôle est de trouver les bonnes solutions pour adapter les emballages à nos lignes de conditionnement et à nos produits.
On intervient vraiment de A à Z, de la co-construction avec les équipes marketing, avec parfois des phases d’idéation autour de packagings innovants, jusqu’à la mise en marché des produits.
Avez-vous une journée type ?
En sept ans, je n’ai pas eu une seule journée identique. Je n’ai donc pas vraiment de journée type. En revanche, il y a des grandes phases qui reviennent dans la gestion de projet.
Il y a d’abord la phase de cadrage, où l’on doit comprendre le besoin, récupérer les informations et prendre en compte les contraintes. Ensuite, il y a beaucoup de réunions avec différents services internes comme le marketing, la qualité, l’industriel, mais aussi avec des acteurs externes comme les fournisseurs ou parfois les clients.
On est un peu chef d’orchestre. Une fois que l’on a tous les éléments, il faut traduire les besoins en spécifications techniques. Par exemple, si le marketing veut mettre six chipolatas dans un emballage, il faut traduire cela en dimensions, en durée de conservation, en couleur, en contraintes de ligne, etc.
Ensuite, on développe industriellement la solution. Concrètement, on teste les emballages sur les lignes de conditionnement pour vérifier qu’ils passent bien, qu’ils répondent aux exigences, et que la conservation du produit est correcte d’un point de vue qualité, hygiène et durée de vie.
Quelles sont les qualités requises pour exercer le métier de chef de projet ?
La première qualité, c’est l’agilité. Chaque projet est unique. Si l’on reste trop enfermé dans des procédures ou des processus, on n’est pas assez agile pour répondre aux demandes. Il faut savoir adapter sa boîte à outils, ses connaissances, et trouver la bonne solution pour le bon besoin.
La deuxième qualité, c’est d’être en contact constant avec les équipes. Les produits, les gammes, les demandes clients, les technologies et la réglementation évoluent très vite. Il faut donc être en veille permanente et échanger avec beaucoup de services pour proposer une solution pertinente, viable et durable.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Ce qui me plaît, c’est justement qu’il n’y ait pas de journée type. Tout change constamment. Il y a du challenge, des idées qui arrivent du commerce ou du marketing, et cela nous pousse à trouver de nouvelles solutions.
J’aime aussi être en lien avec tous les services, parce que cela donne une vision très complète de l’activité. Et j’apprécie beaucoup le fait de travailler dans une coopérative. Chez Cooperl, ce sont les éleveurs qui sont à la tête du groupe. Il y a un esprit coopératif, humain, familial. Je peux être en contact aussi bien avec des éleveurs, des personnes en production, que la direction générale. Cette proximité est vraiment appréciable.
La diversité des projets est aussi très stimulante. Le groupe a des activités très larges (bovin, œufs, salaison sèche, salaison cuite, nutrition, environnement…) J’ai même travaillé sur un projet autour de la spiruline, avec des crèmes pour les mains et des boissons. On n’est pas cantonné à un seul segment, une seule marque ou un seul réseau.
Quel est votre plus gros challenge professionnel ?
Le plus gros challenge, c’est d’arriver à tout concilier. Il faut constamment reprioriser ce qui avait été priorisé la veille, parce qu’il y a de nouveaux projets, des imprévus, des urgences en production, des pénuries, des pertes de marché ou des facteurs externes.
Par exemple, certains conflits géopolitiques peuvent avoir un impact immédiat sur nos productions, nos approvisionnements ou nos stratégies à court et long terme. Cela peut remettre en question une résine, une matière ou une technologie sur laquelle on travaillait. Des fournisseurs peuvent annoncer des hausses de 10, 15 ou 20 %, ce qui crée de vrais problèmes d’approvisionnement et d’ajustement de prix avec les clients.
Mais c’est aussi ce qui rend le métier stimulant. J’aime quand la production appelle parce qu’il y a un problème à résoudre immédiatement. Chaque minute compte, il faut trouver une solution vite. À côté de projets qui peuvent durer deux ou cinq ans, il y a aussi ces missions très concrètes, avec un impact immédiat.
Pourquoi avoir choisi cette voie ?
Je suis arrivé dans ce domaine complètement par hasard. Lors de portes ouvertes, j’ai découvert un stand de l’ESEPAC. En discutant avec une enseignante, j’ai compris que cette voie pouvait me plaire, parce qu’elle réunissait trois choses dont j’avais besoin(les sciences, la technique concrète et la créativité). Je voulais continuer les sciences, mais aussi avoir quelque chose de plus pratique, plus terrain. L’emballage permettait cela avec la science des matériaux, la conception, l’ingénierie, les contraintes d’impression, les dimensions, les modèles, etc… Et avec l’alternance, les projets devenaient vraiment palpables.
Pourquoi avoir choisi l’ESEPAC ?
Je ne connaissais pas forcément d’autres écoles à l’époque. Géographiquement, c’était aussi pratique, car j’avais fait mes études à Saint-Étienne et l’école était située au Puy-en-Velay. Mais surtout, il y avait l’alternance et un cursus complet jusqu’au bac +5, avec une vision 360 degrés de l’emballage.
Pour moi, l’alternance est plus que essentielle dans ce type de métier. Elle donne de l’aisance, de la crédibilité auprès des professionnels, et permet de comprendre les réalités du terrain. Arriver à bac +5 sans avoir foulé une ligne de production me paraît compliqué, surtout face à des experts de production, de maintenance ou des chefs de ligne qui connaissent parfaitement leurs équipements.
Quels sont, selon vous, les atouts de l’ESEPAC ?
L’alternance est clairement l’un des grands points forts. Mais il y a aussi le corps enseignant. La plupart, voire la totalité des enseignants, sont d’anciens professionnels. Ils ont une expérience réelle en industrie ou chez des fournisseurs, et cela se ressent. Ils ne parlent pas seulement de théorie, mais de concret, de terrain.
J’ai aussi beaucoup apprécié la taille humaine de l’école. À l’époque, les promotions étaient petites, ce qui créait une vraie proximité. L’alternance se vivait aussi beaucoup en colocation, ce qui a créé de très bons souvenirs. Je suis encore en contact avec beaucoup de personnes de ma licence et de mon master.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants ou futurs diplômés ?
Je leur conseillerais d’être curieux et d’oser demander. Quand on arrive, on pense parfois savoir ou comprendre certaines choses, mais il manque souvent des éléments. Poser des questions aux personnes qui maîtrisent vraiment les sujets, notamment en production ou dans les autres services, permet d’ouvrir l’esprit et de mieux comprendre le fonctionnement réel.
Dans l’emballage, la communication est essentielle. C’est un service support, mais qui doit comprendre tout l’environnement dans lequel il évolue. Il faut être à l’écoute des besoins, faire preuve d’empathie, absorber beaucoup d’informations, puis traduire des intentions ou des demandes clients en solutions techniques.
Le réseau est aussi très important. Avec ma promo, nous sommes encore en contact. On s’échange des contacts fournisseurs, des informations, des photos, des idées de développement. Le monde de l’emballage est à la fois vaste et petit. Tout le monde finit par se connaître. Il faut donc être ouvert, à l’écoute, et faire attention à ce que l’on renvoie.
Avez-vous une anecdote à partager ?
J’ai un très bon souvenir de ma cérémonie de remise des diplômes, à la fin du Master 2. J’y suis allé accompagné de ma responsable actuelle, avec qui j’ai développé une très bonne relation, aussi bien professionnelle qu’amicale. Elle était la seule responsable présente, et nous avons fait la soirée avec toute ma promo. C’était un super moment, parce que cela faisait se rencontrer deux univers avec ma promotion et mon environnement professionnel côté emballage. C’est un souvenir qui m’a marqué.
Un dernier mot ?
Je ne peux qu’encourager les personnes intéressées à venir à l’ESEPAC. C’est vraiment une super structure. Cela fait deux ou trois ans que je n’y suis pas retourné, mais je serai ravi d’y repasser. Depuis la Bretagne, c’est un peu plus long, mais j’ai encore de la famille à côté, donc j’y retournerai sûrement à l’occasion.
