Interview de Matthieu Sautel, partenaire de l'ESEPAC et Head of Design chez DS Smith

Interview de Matthieu Sautel, partenaire de l'ESEPAC et Head of Design chez DS Smith

À bientôt 50 ans, Matthieu SAUTEL évolue dans un environnement international où l’innovation, le design et l’humain occupent une place centrale. Après un parcours dans l’agroalimentaire, la logistique, la supply chain puis la R&D packaging, il coordonne aujourd’hui une communauté de plus de 600 designers à travers l’Europe. Entre management transversal, partage des connaissances et passion pour les échanges humains, il revient sur son parcours, son métier et les enseignements qu’il tire de ses collaborations avec l’ESEPAC.

Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je m’appelle Matthieu SAUTEL et j’occupe aujourd’hui le poste de Head of Design Community Excellence chez DS Smith, un groupe britannique spécialisé dans les solutions d’emballage. Concrètement, je coordonne l’activité innovation des bureaux d’études et des designers en Europe. Cela fait maintenant trois ans que j’ai rejoint cette entreprise.

Avant cela, j’étais Design & Innovation Director France au sein du même groupe. J’ai également passé une grande partie de ma carrière chez Mondelēz International, où j’ai occupé plusieurs fonctions. J’y ai notamment travaillé dans la logistique et la supply chain avant de terminer par dix années en R&D packaging en région parisienne.

À l’origine, je suis ingénieur en industries agroalimentaires. Pourtant, je n’ai jamais réellement travaillé dans le développement de produits alimentaires. Mon parcours s’est progressivement orienté vers la logistique, puis vers le packaging et l’innovation. C’est ce qui montre qu’une carrière n’est pas toujours linéaire et qu’elle peut se construire au fil des rencontres et des opportunités.

Aujourd’hui, j’habite aux Pays-Bas. Mon métier étant très européen, vivre à proximité de l’aéroport d’Amsterdam est un avantage, car je voyage régulièrement en europe, notamment Bruxelles et Birmingham.

En quoi consiste ton métier aujourd’hui ?

Mon rôle s’articule autour de trois grandes missions, dont la principale consiste à créer du lien entre les différents bureaux d’études du groupe répartis à travers l’Europe.

Nous disposons d’un maillage industriel extrêmement dense avec plus d’une cinquantaine de bureaux d’études, souvent implantés directement sur les sites de production. Cela représente une communauté de plus de 600 designers répartis dans une vingtaine de pays.

Mon travail consiste à identifier les innovations, les bonnes pratiques et les réalisations remarquables développées localement, puis à les partager à l’ensemble de cette communauté. L’objectif est d’éviter que les équipes travaillent chacune dans leur coin et permettent à tous de bénéficier des idées et des réussites des autres.

Pour cela, nous organisons des webinaires, des présentations, des échanges de bonnes pratiques ou encore la diffusion de documents techniques. Les problématiques abordées sont très variées puisque nous travaillons avec des secteurs extrêmement différents comme l’automobile, le luxe, la cosmétique, les produits de la mer, les fruits et légumes ou encore l'industrie manufacturière.

Au-delà du partage de connaissances, mon rôle est aussi de mettre en valeur la créativité des designers et de démontrer en interne que leurs innovations apportent de la valeur à l’entreprise et contribuent directement au développement de nouveaux marchés.

Tu collabores également avec l’ESEPAC. Quel est ton rôle auprès de l’école ?

Je suis partenaire de l’ESEPAC depuis plusieurs années. Cette collaboration a débuté lorsque je travaillais encore chez Mondelēz International et s’est poursuivie après mon arrivée chez DS Smith. Ensemble, nous avons développé différentes formes de partenariats qui permettent de rapprocher les étudiants du monde industriel.

Des collaborateurs de DS Smith interviennent régulièrement sur des sujets comme la mécanisation, l’éco-conception, les emballages industriels ou encore les enjeux de durabilité. De mon côté, j’ai eu l’occasion d’accompagner plusieurs groupes d’étudiants sur des projets concrets et des cas d’entreprise.

L’intérêt est double. Les étudiants découvrent des problématiques réelles qu’ils rencontreront plus tard dans leur carrière. De notre côté, nous bénéficions de leur regard neuf, de leur créativité et de leur capacité à proposer des idées originales.

Ces projets prennent différentes formes avec des ateliers d’une journée, des workshops sur plusieurs jours ou des études menées sur plusieurs mois. À chaque fois, nous travaillons en étroite collaboration avec l’équipe pédagogique afin d’apporter aux étudiants une méthode de travail adaptée aux réalités du terrain.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer le métier de Head of Design Community Excellence ?

La première qualité est sans aucun doute l’écoute. Mon métier repose avant tout sur les interactions humaines. Les équipes avec lesquelles je travaille sont dispersées dans toute l’Europe et se rencontrent rarement physiquement. Il est donc essentiel de maintenir un véritable lien humain malgré la distance.

J’essaie de faire comprendre à chaque designer qu’il ne travaille pas seul. Un concepteur basé à Nantes peut rencontrer exactement les mêmes problématiques qu’un collègue situé en Hongrie ou au Royaume-Uni. Mon rôle consiste à créer ces connexions et à favoriser le partage.

Il faut également être pédagogue, savoir valoriser les expertises, encourager les échanges et accompagner les équipes sans forcément être l’expert technique soi-même. Aujourd’hui, je ne suis plus dans un rôle de management direct ou d’expertise métier. Je suis davantage un facilitateur qui nourrit la créativité des concepteurs en leur donnant accès aux bonnes informations et aux bonnes personnes.

Je me considérerais presque comme un animateur de communauté. Je passe beaucoup de temps à aller à la rencontre des équipes, à comprendre leurs besoins et à les aider à se sentir membres d’un collectif plus large.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ?

Ce que j’aime avant tout, c’est la dimension humaine et culturelle. Mon travail me permet de parcourir l’Europe et de découvrir des façons de travailler très différentes selon les pays. J’apprécie énormément ces échanges multiculturels qui sont particulièrement enrichissants.

J’aime aussi être au contact d’experts passionnés. Certains designers possèdent vingt ou vingt-cinq ans d’expérience dans le domaine de l’emballage. Lorsqu’ils parlent de leur métier, des matériaux ou des innovations qu’ils développent, on réalise à quel point cet univers est riche et complexe.

Vu de l’extérieur, un emballage peut sembler banal. Pourtant, derrière chaque solution se cachent des réflexions poussées sur les matériaux, les performances, la logistique ou encore l’impact environnemental. C’est un domaine qui évolue constamment et qui reste passionnant même après plusieurs décennies.

Quel est le principal défi que tu rencontres ?

Le plus grand défi est d’avoir de l’influence sans autorité hiérarchique. Je travaille avec des centaines de designers mais je ne suis pas leur manager direct. Pour faire avancer les projets, je dois donc convaincre, fédérer et motiver sans pouvoir m’appuyer sur un lien hiérarchique. Cela demande beaucoup de diplomatie, de communication et de patience. Parfois, les choses avancent plus lentement que prévu et cela peut être frustrant.

Une autre difficulté est que les résultats de mon travail sont souvent moins visibles que ceux d’un concepteur. On voit difficilement sa valeur. On ne voit pas au quotidien son apport.

Un designer peut observer concrètement le produit qu’il a créé. Dans mon cas, l’impact est davantage perceptible à travers les retours des équipes, les connexions créées ou les projets facilités. C’est plus difficile à mesurer mais tout aussi important. 

Pourquoi as-tu choisi cette voie ?

Je dirais que ma carrière s’est construite principalement grâce aux rencontres. Je n’ai jamais suivi un plan précis. Chaque évolution professionnelle est née d’une discussion, d’une opportunité ou d’une connexion humaine.

L’exemple le plus marquant concerne mon arrivée dans le packaging. À l’époque, je travaillais dans la logistique. Lors d’un trajet en taxi après une réunion en Italie, j’ai échangé avec une personne qui allait devenir mon futur manager. Il m’a parlé de son métier dans la R&D packaging et quelques mois plus tard, il m’a proposé un poste. Je n’avais aucune expérience dans ce domaine, mais j’ai accepté de sortir de ma zone de confort et de découvrir un nouvel univers. Cette décision a profondément transformé ma carrière.

C’est pourquoi je conseille toujours aux jeunes professionnels de rester curieux, d’échanger avec des personnes issues d’autres métiers et de ne pas attendre que les opportunités viennent à eux.

Quelle importance accordes-tu au réseau professionnel ?

Le réseau est essentiel. Mais il ne faut pas le développer uniquement par intérêt. Un réseau se construit avant tout grâce à des relations sincères et entretenues dans la durée.

Bien sûr, il peut aider à trouver un emploi ou à faire évoluer sa carrière. Mais il permet aussi de s’enrichir, de découvrir de nouvelles perspectives et de prendre du recul sur sa propre situation professionnelle. Le réseau est une formidable manière de lever la tête du guidon et de comprendre ce qui se passe autour de soi.

Selon toi, quels sont les atouts de l’ESEPAC ?

Ce qui me frappe le plus à l’ESEPAC, c’est sa proximité avec le monde industriel. L’équipe pédagogique fait preuve d’une véritable volonté d’ouvrir les étudiants aux réalités de l’entreprise. Cette démarche se ressent aussi bien dans les projets proposés que dans les interactions avec les professionnels.

J’apprécie particulièrement la capacité de l’école à challenger les étudiants tout en restant bienveillante. Les élèves sont régulièrement confrontés à des situations proches de celles qu’ils rencontreront dans leur future carrière.

Le cadre de travail constitue également un véritable atout. Les espaces ouverts, la halle technique, les zones collaboratives et l’ambiance de workshop favorisent les échanges et la créativité. On ressent une vraie culture du partage.

Enfin, l’ESEPAC sait s’adapter aux évolutions de la société et aux profils des nouvelles générations d’étudiants. Cette capacité d'adaptation et leur bienveillance contribue à former des professionnels prêts à relever les défis de demain.

Quel conseil donnerais-tu aux étudiants ?

Le conseil que je donnerais est de ne simplement pas freiner sa curiosité et de ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort.  Les opportunités naissent souvent là où on ne les attend pas. Osez rencontrer des personnes différentes, découvrez de nouveaux métiers et restez ouvert aux changements. Une carrière ne se construit pas toujours selon un plan établi, mais souvent grâce à la curiosité, à l’audace et aux rencontres qui jalonnent le parcours professionnel.


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